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La maison Van Schijndel (NL), habitation expérimentale d’air et de lumière

14 octobre 2021

Natascha Drabbe : “Notre maison n’est qu’intérieur, il n’y a pas d’extérieur”


S'il y a une maison qui reflète parfaitement la vision de son concepteur, c’est bien la maison Van Schijndel à Utrecht. Nous vous emmenons à la découverte de cette habitation construite en 1992 dans le quartier Pieterskerkhof, où l’architecte et designer de produits s’était installé avec son épouse Natascha Drabbe. Après le décès prématuré de son époux en 1999, Drabbe, historienne de l’architecture, a continué à vivre dans la maison, aujourd'hui élevée au rang d’icône. Visite guidée en compagnie de la maîtresse des lieux.

 

Traduction d’un article par Jan Hoffman

 

On comprend vite pourquoi Van Schijndel a reçu le prix Rietveld en 1995 pour cette construction et pourquoi elle est le bâtiment le plus récent repris sur la liste des monuments de la commune d’Utrecht depuis 1999. Avant de venir, nous avions lu que l’architecte, formé à la Gerrit Rietveld Academie à Amsterdam et qui a combiné pendant de nombreuses années un cabinet d’architecture avec un poste de professeur à la Fachhochschule Düsseldorf, la définissait lui-même comme ‘une maison d’air et de lumière’. Une fois sur place, il faut se rendre à l’évidence : difficile de trouver une meilleure définition. La lumière peut littéralement changer d'un moment à l’autre.

 

“Ce que j’aime le plus partager avec les personnes qui visitent la maison, c’est la façon dont l’espace central capte toute la lumière via la partie mate du verre. Lorsque le soleil fait une percée parmi les nuages et que la lumière inonde l’intérieur, c’est un moment magnifique à partager. On voit les rayons déferler”, raconte Natascha Drabbe, qui organise régulièrement des visites guidées de sa maison et qui gère également le réseau Iconic Houses.

 

  

 

Expérimentale jusque dans les moindres détails


En son temps, la maison était considérée comme ultra expérimentale et elle l’est restée. Cette habitation est littéralement enclavée dans un îlot de terrain, ce qui fait que toute la vie se joue à l’intérieur. Et elle fourmille de détails qui font son unicité. Le plus remarquable étant les portes en verre de la cuisine et des salles de bain articulées sur un joint de mastic. Ensuite, on remarque que l’ensemble du mobilier et de l’intérieur est fait de créations propres, jusqu’au Vase Delta imaginé par van Schijndel.

 

 

“En dehors de la maison, Mart a également conçu les patios, l’intérieur et les meubles pratiquement tout seul. Et il fabriquait en outre énormément de choses de ses propres mains. Il avait un petit atelier avec ses propres machines, où il travaillait et créait ses prototypes. C’est notamment pour cela qu’on ressent autant sa patte dans cette maison et qu’on peut en parler comme d’une œuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk).”

 

“Comme la maison est aménagée sur un terrain intérieur, elle n’a pas vraiment d’extérieur. Et comme elle n’a pas de vue, elle est plutôt introvertie et centrée sur elle-même. Vous vous détachez de l’environnement et vous oubliez souvent que vous êtes en pleine ville. Ce n’est que lorsque le carillon résonne que vous vous rappelez que vous vivez au cœur d’Utrecht.”

 

 

Fenêtres articulées sur un mastic en silicone


Au bout de 28 ans, les portes vitrées semblent toujours pivoter sur leur joint de silicone. À l’intérieur, rien n’a changé depuis la construction, même si la maison laisse apparaître ici et là quelques signes de fatigue.

 

“Pivoter sans charnières, c’était du jamais vu”, se remémore en riant madame Drabbe. “Les silicones étaient et sont toujours globalement utilisés pour coller, notamment les vitres de voiture ou les façades vitrées structurelles, pas pour faire pivoter des choses. Mart avait envie tenter l’expérience, comme il expérimentait avec beaucoup d’autres choses. C’est un manifeste de ses idées et de ses convictions et ce qui est très parlant, je trouve, c’est qu’il estimait le terme ‘espace’ trop restrictif pour cette maison, préférant recourir à l’anglais. Pour lui, il s’agissait autant de ‘room’ que de ‘space’, désignant d’une part un espace fermé tout en évoquant la flexibilité des limites.”

 

“La finition intérieure a pris de nombreuses années. Mart a d’abord conçu tout l’intérieur après notre emménagement fin 1992 et ensuite, les meubles encastrés sont arrivés petit à petit, puis la cuisine, la finition de la salle de bain... dont il a fait l’essentiel lui-même. En 1995, il a transformé la porterie adjacente en quatre appartements.”

 

  

 

 

La maison a perdu une partie de sa tranquillité d’esprit

 

“Nous voici en 2021 et force est hélas de constater que la maison a perdu une partie de sa tranquillité d’esprit. Alors que la maison était autrefois là pour moi, ces derniers temps, il faut bien dire que c’est essentiellement moi qui dois être là pour elle. Et c’est logique, l’entretien augmente avec les années. L’été dernier, il a fallu remplacer tous les joints de silicone et la toiture, et poser de nouveaux piliers de fondation. On commence à remarquer des problèmes de tassement du sol, etc... Sans oublier que la moindre chose qui pose problème est atypique. Dès qu’un artisan passe à la maison, j’entends déjà à l’avance son commentaire : ‘Madame, je n’ai encore jamais vu ça’. Cela veut dire qu’il faut une solution sur mesure pour tout, ce qui est extrêmement coûteux et pas question de compter sur des subsides. Mais bon, ce n’est rien d’inattendu quand on habite dans une maison expérimentale.”

 

  

 

Ce qui nous amène à une initiative intéressante débutée il y a quelques années. La maison van Schijndel n’est pas un musée, elle est habitée mais cela ne signifie pas qu’on ne peut pas la visiter. Mieux encore, elle est ouverte à l’organisation de diverses initiatives.

 

“La maison se prête parfaitement à un lancement de produit, par exemple”, explique notre interlocutrice. “Les architectes (d’intérieur) se déplacent volontiers quand c’est organisé dans un cadre comme celui-ci. Combien de fois n’ai-je pas vu de parfaits inconnus se rassembler ici, et qui finissent par partager leur émerveillement et ensuite converser avec aisance... C’est incroyable comme cette maison rapproche les gens et les pousse à communiquer. Elle est d’ailleurs ouverte aux visites chaque premier dimanche du mois, mais aussi à d’autres moments sur rendez-vous.”

 

 

  

 

 

Réseau Iconic Houses


Natasche Drabbe souligne que l’expérience va au-delà de sa seule maison. En 2008, elle a mis sur pied un réseau, la Fondation Mart Van Schijndel, rassemblant d’autres gestionnaires de maisons d’architectes modernes visitables partout dans le monde. Une initiative suivie en 2012 par le Réseau Iconic Houses. 

 

“Le Réseau Iconic Houses se profile comme une plateforme pour les voyageurs et amateurs de maisons du vingtième siècle. Récemment, sa mission a été élargie et le réseau s’emploie aussi à faire prendre conscience aux gens de l’importance de préserver le patrimoine récent. Un ensemble d’outils a été spécialement conçus, avec toutes sortes de sources à consulter en ligne expliquant comment restaurer ce type de lieu. Nous espérons ainsi faire réaliser aux propriétaires particuliers l’importance de gérer au mieux ce patrimoine récent.” 

 

  

 

 

“Pendant la pandémie, nous avons commencé à proposer des visites guidées virtuelles mensuelles de différentes maisons iconiques à travers le monde. Au terme de la visite, les participants ont la possibilité de poser des questions. Le 21 octobre, nous visitons par exemple la Farnsworth House, une maison conçue et construite par Ludwig Mies van der Rohe entre 1946 et 1951 pour la médecin américaine Edith Farnsworth. Cette maison devait être une résidence de weekend et de vacances à Plano, Illinois, aux USA. En novembre, nous partirons pour l’Angleterre, avec une visite virtuelle d’Isokon Flats, sur la Lawn Road du district Belsize Park de Camden, dans les faubourgs de Londres.”

 

“L’épidémie de coronavirus nous a fait complètement repenser ces visites. Maintenant, vous pouvez vous faire une première idée et ensuite décider si vous envisagez de vous rendre sur place pour approfondir votre visite. Comme vous avez la possibilité de vous renseigner plus en détail en ligne, vous réduisez votre empreinte carbone effective. Et ça, c’est une bonne chose en cette ère où il devient réellement impératif de durabiliser nos habitudes de voyage, non?”

 

© toutes les photos: Imre Csany, DAPh
www.iconichouses.org

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